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Rencontre avec Stéphane Bern


Un gentilhomme moderne.
Homme de coeur et d'esprit, doté d'une faculté enfantine de s'émerveiller de tout, Stéphane Bern est un épicurien qui aime partager ses enthousiasmes et ses passions. En grec, le prénom « Stéphane » signifie « le couronné ». Faut-il y voir une prédestination à se faufiler, tel un farfadet malicieux, au sein du Gotha international ? Même au pays de Robespierre, les familles royales font rêver, mais le bonhomme frisottant sut casser son image de chroniqueur mondain pour explorer avec succès d'autres horizons. « Au fond, on n'est tous que des bouffons ! » proclame celui qui sait éviter les miroirs déformants et les chausse-trapes de la célébrité, même s'il est devenu « Cire » au musée Grévin...


Selon un dicton : « Qui trop embrasse mal étreint ». Cependant, vous semblez réussir tout ce que vous entreprenez. Quelle est la clef de cette réussite ?

Stéphane Bern : J'essaie simplement de croquer la vie à pleine dents, de faire tout ce qui m'intéresse et m'amuse, d'explorer aussi toutes sortes d'horizons : radio, télé, presse écrite, écriture, théâtre... Pour autant, je n'ai pas le sentiment d'être boulimique. Je sollicite rarement un projet, ce sont plutôt les projets qui viennent à moi... comme je suis bien élevé et que je ne sais pas dire non, et si en plus cela m'amuse, je dis oui.

Vous dénotez un peu dans le paysage audiovisuel où l'image prime sur la sincérité, le paraître sur l'être...

Stéphane Bern : J'avoue que je n'aime pas participer au « bal des ego » et j'essaie d'être sincère. Les gens disent que je suis le même dans la vie que celui que l'on voit à la télé. Je ne cherche pas à être le plus riche des animateurs, ni le plus puissant. Je cherche juste à faire des choses qui m'amusent, qui m'intéressent et qui donnent du plaisir aux autres. Au fond, je fais ce métier pour partager mes passions avec le grand public, pas pourmontrer ma tête à la télé.

On dit que vous travaillez quinze heures par jour. Comment faites-vous ? En vous dopant au chocolat ?

Stéphane Bern : Parfois, oui. Mais aussi par passion. Quand vous faites quelque chose qui vous intéresse et vous motive, c'est le meilleur moteur. Je suis ravi de me lever en sachant qu'à la radio je vais rencontrer des gens que j'aime et qui m'intéressent. En plus, je suis assez bien organisé et je sais me ménager des moments pour moi. Franchement, il y a des métiers beaucoup plus pénibles que le mien..
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D'où vient votre passion pour les têtes couronnées ? Il vous a fallu du temps pour vous débarasser de l'étiquette de « chroniqueur mondain »...

Stéphane Bern : Ma famille maternelle est luxembourgeoise et, chez nous, c'est comme l'air qu'on respire. On est très attachés à notre famille souveraine grand-ducale. C'est combiné avec une vraie passion pour l'histoire, ce que je peux explorer avec « Secrets
d'Histoire » à la télévision.  Je n'ai pas cherché à me débarrasser de cette étiquette de « chroniqueur royal », j'ai juste cherché à ouvrir le spectre de mes activités et d'élargir mon horizon. France Inter a largement contribué à changer mon image et l'on a vu que j'étais non seulement sincère, bienveillant et gentil, mais que je pouvais aussi être mordant et caustique.

Dans l'émission de France-Inter « Le Fou du Roi », vous faites un peu figure de « clown blanc » au milieu d'Augustes à l'impertinence salutaire...

Stéphane Bern : C'est un peu un jeu de rôles. Au « Fou du Roi », je suis surtout là pour cautériser les plaies quand ça va trop loin, être une sorte de modérateur. Je suis le « gentil » de l'émission tandis que mes comparses asticotent l'invité.

L'ile de Paros, en Grèce, est-elle votre jardin secret, une sorte de refuge magique où vous vous retrouvez et rompez avec les artifices de la célébrité ?

Stéphane Bern : C'est absolument ça. J'ai du mal à comprendre ceux qui vont se détendre à Saint Tropez pour rompre avec la célébrité et le règne du paraître. .. D'autres que moi, sans doute, ne seraient pas sensibles aux sortilèges de la Grèce. Moi, c'est mon refuge, ma thébaïde, mon endroit secret. Ce n'est pas innocent si j'en ai fait le décor de mon dernier roman (« Oubliez-moi »). Je m'y sens bien et je peux, sur cette ile, tracer un trait sur cette fausse célébrité. J'ai dédié ce roman à l'actrice Giselle Pascal, que je n'ai hélas pas connue. Mais j'ai été surpris, au moment de sa mort, que personne ne se souvienne de qui elle était et de sa belle carrière. L'oubli, quand on a été célèbre , est une chose qui m'interpelle. Lamartine a écrit ce beau vers : « Le rapide oubli, second linceul des morts ». On est vite oubliés et les stars de cinéma sont comme des étoiles filantes dans le ciel. Cela nous incite à nous poser la question : quelle trace de nousmême laisserons-nous ?

La bonne humeur est-elle la règle numéro un de votre hygiène de vie ?

Stéphane Bern : Oui, bonne humeur et humour, mais aussi humilité par rapport à la vie. Il faut avoir l'élégance d'en rire et je pense souvent à cette phrase de Beaumarchais : « Je me presse à rire de tout de peur d'être obligé d'en pleurer ». L'actualité offre peu d'occasions réjouissantes. Je crois que l'humour est une forme de politesse par rapport à la vie.

Qu'est-ce qui vous rend grognon, vous met en colère ?

Stéphane Bern : L'incivilité et l'agressivité me chiffonnent. A travers vos émissions, vos rencontres, vos engagements, vous devez commencer à connaître la nature humaine. Comment voyez-vous vos semblables ?

Diriez-vous : plus je connais les hommes, plus j'aime mes chiens ?

Stéphane Bern :Oui, j'ai d'ailleurs cité cette phrase dans mon livre sur les chiens. C'est Antoine Bernheim qui dit que la gratitude est une maladie du chien non transmissible à l'homme. Heureusement, certaines rencontres réconcilient avec l'espèce humaine. J'essaie de voir le bon côté des gens et d'occulter leur face sombre.

L'un de vos derniers livres (« Une vie de chien ») est consacré aux chiens qui partagent la vie des grands de ce monde, souverains et présidents. Comment expliquez-vous ce lien affectif fort qui unit ces animaux de compagnie et leurs maîtres ?

Stéphane Bern : Je crois que le pouvoir isole et rend solitaire. Quand, par exemple, vous appartenez à une famille royale et que vous êtes en position d'avoir le pouvoir un jour, vous avez une enfance solitaire. De plus, vous êtes entouré de gens qui vous courtisent et ont souvent une fidélité intéressée. Alors que l'amour d'un chien est totalement désintéressé. Certes, il attend de vous sa pâtée ou des croquettes, mais il vous aime pour vous, que vous portiez une couronne, une écharpe tricolore ou des haillons. Je crois à cette phrase de Harry Truman : « Si vous voulez un ami à la Maison Blanche, prenez un chien ».

Parlez-nous de Virgule et de Dash...

Stéphane Bern : J'ai une passion pour mes teckels à poil dur. Virgule a cinq ans, c'est vraiment une gentille chienne, malheureusement aveugle à cause d'un éleveur peu scrupuleux qui a fait de l'élevage intensif. Elle a été opérée sans succès d'une cataracte juvénile. Elle se repère avec son flair. On lui a pris un « chien d'aveugle », Dash, un petit mâle assez effronté. Quand on a des chiens, c'est pour s'en occuper et je les ai auprès de moi aussi souvent que possible.

Avez-vous gardé, dans un coin de votre mémoire, le souvenir de Jojo, le chimpanzé que vous alliez visiter, dans votre enfance, au zoo de Nancy ?

Stéphane Bern : Absolument. J'étais à Nancy dernièrement et je suis allé voir Jojo au Parc de la Pépinière, ce qui a créé une vraie polémique dans la ville, certains assurant que Jojo était mort et d'autres le contraire. Le Maire a été obligé de publier un communiqué pour dire que Jojo était toujours là. J'aime tous les animaux et j'ai regretté de ne pas avoir eu de chien dans mon enfance et mon adolescence. Mais ce n'est pas bien d'avoir un chien en appartement, ils ont besoin d'espace et de liberté, d'un bout de jardin. J'ai dû attendre d'avoir plus d'espace pour avoir des chiens.

Quelle réflexion vous inspirent les gens qui abandonnent leurs animaux familiers ?

Stéphane Bern : J'essaie de prôner la responsabilisation. Souvent, à Noël, on offre un chien aux enfants sans réfléchir au fait que ce n'est pas un jouet. Un animal est un être vivant et on a des responsabilités envers lui : le nourrir, le sortir, le soigner, lui prodiguer attention et affection. Je suis désespéré quand je vois des gens abandonner leur animal domestique en refuge ou, pire, ouvrir leur portière de voiture pour le jeter sur une route. C'est proprement scandaleux. Ceux qui se consuisent de façon indigne vis à vis des animaux sont les mêmes que ceux qui se conduisent de façon indigne vis à vis des humains. En Grêce, je me bats car certains villageois n'ont que peu de considération pour les animaux. Il y a beaucoup de chiens et de chats errants et abandonnés. On entend
parfois des miaulements dans les poubelles et on y trouve des chatons qui ont été jetés là. Avec des amis, on procède à des adoptions in situ et le vétérinaire du port nous remercie de la tâche que nous tentons de mener.


Stéphane Bern - Une vie de chien Derniers ouvrages de Stéphane Bern :
« Une vie de chien » (Albin Michel)
« Oubliez-moi » (Flammarion)
« Au coeur de l'Ecosse » (Flammarion)





Propos recueillis par Pierre MONIER

(mars 2010)

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